Cyprien Max Lombard

       Résistance Varoise/Vauclusienne

             par Monsieur Cyprien Max LOMBARD

                                   (1923-2014)

"Après une jeunesse tourmentée, adolescent me voici de retour à Toulon, la guerre, la défaite, une zone occupée, l’autre dite "libre" occupée à son tour, notre belle flotte de guerre sabordée dans le port de Toulon, les restrictions en tous genres, tout concordait pour aviver ma haine contre l’occupant..."


           "Né un 1er Janvier 1923, j’échappais de peu au S.T.O (Service du Travail Obligatoire en Allemagne), par contre tous les jeunes pré-adultes de 17/18 ans sans travail étaient réquisitionnés pour travailler à la construction du mur de la méditerranée ou comme garde des voies et communications. 

Grâce aux faux certificats de travail ou de maladie (merci encore mille fois au Docteur CHAUVIN qui a payé cher l’aide à la Résistance, déporté à San Rémo), avec bonheur j’ai refusé à tous… même aux Chantiers de Jeunesse. 

N’ayant aucun contact, cette Résistance était puérile et peu efficace. Heureusement, il en fut tout autre chose en terre Vauclusienne où je me réfugiais, après une sérieuse algarade avec les "schupos" de l’armée allemande venus me convoquer à mon domicile.

 

~ Partie I: quelques récits de mes aventures Varoises ~

      Au bas de notre domicile existait un café (il existe toujours) tenu par M. DURANTE, second-maître en retraite de la Marine. Il était ouvert aux jeunes garçons et filles du quartier, nous y faisions d’homériques parties de belote…Puis, un beau jour, nous voyons débarquer des soldats allemands qui occupaient la propriété DAVELUY située avenue DAVELUY, qui est parallèle à notre boulevard Léon BOURGEOIS. 

Après plusieurs essais de communication, excédé par leur insistance à nous vanter les mérites de nos bons vins et surtout notre "schnaps" notre merveilleux cognac, je leur dis : "vous aimez les alcools français, demain je vous ferai goûter du mien qui n’est pas fait pour les petites filles". Le jour même, j’allais dans la pharmacie de mon tuteur et parrain, vétérinaire de son métier, remplissait un petit flacon de 250 cc d’alcool à 90° destiné à des soins opératoires.

Le lendemain de leur arrivée, l’amateur de cognac me demande si je lui ai apporté le "schnaps". Après avoir lampé une partie de sa bière et versé (heureusement) le quart du flacon dans son gosier d’ivrogne, c’est en le voyant devenir violet comme une aubergine et s’affaler que je crus l’avoir tué. 

Affolement de M. DURANTE qui me hurle "mais tu es fou ! Nous allons être tous arrêtés !". Heureusement passait sur le boulevard un médecin qui lui donne les premiers soins et le ramène lui et ses amis à leur lieu de résidence. Leur chef ne poussa pas l’enquête et dut prendre l’incident comme un malaise de beuverie. 

Autre incident avec mon ami André MERLE : nous fréquentions deux danseuses du ballet de l’opéra. A l’occasion, elles dansaient aussi dans une tournée "Barret", je crois. Toulon occupé, le couvre-feu était à 23h. La tournée "Barret" entrait en gare de Toulon à 20h45, manque de chance le train entre en gare à 22h. Après avoir raccompagné nos amies à leur domicile respectif, nous devons rentrer chez nous à Saint-Jean-du-Var, et traverser Toulon. Il est 23h passées lorsque nous traversons le Champ de Mars. A ce moment-là, venant du quartier de l’abattoir arrive une patrouille allemande. Sommation d’usage avec un "HALT" sonore ; ce HALT nous donne des ailes. Encore une sommation, je perds Dédé en route. C’est à ce moment que je perçois la détonation et vois la balle frapper le mur bordant l’avenue François CUZIN. Comme un dératé, je tourne à la Place Jean MERMOZ, me réfugie dans l’ascenseur de l’immeuble Sainte Catherine, je m’accroupis au fond et y passe une partie de la nuit. Vers les 4h du matin, après avoir lancé des coups d’œil méfiants, j’ai pu rejoindre mon domicile. 

Encore un incident : Vichy et les Allemands interdisaient les bals, aussi nous organisions des surprises parties. Notre rendez-vous était au café de la PAIX où officiait un excellent orchestre féminin, son talent attirait aussi hélas les officiers de la Wehrmacht. Ce samedi après-midi, il y avait foule, l’orchestre attaque un tango "la comparsita". Simone, une amie qui avait des fourmis dans les jambes, m’interpelle et m’invite à faire quelques pas dans le couloir des sanitaires au premier étage. Sitôt dit sitôt fait, nous voilà lancés, hélas ce petit plaisir ne dure pas, nous sommes arrêtés par un officier supérieur allemand, crâne brosse rasé, d’aspect rigide. Il accompagne son geste par "Französisch nicht danser, soldats allemands faire la guerre pour vous !!!"

Après avoir regagné nos sièges, je remarque qu'une seule petite allée permet les allées et venues. Quelle mouche me pique alors, je repère la bordure de la table du gradé qui n’aime pas le tango, ils sont quatre. Nous sortons à la file indienne, j’ai pris soin d’être le dernier, je feins d’être bousculé en envoie un coup de genou à leur table. Les 4 verres de bière, les 4 verres de cognac se répandent sur la table et les uniformes. Blagueur je m’excuse avec "désolé, accident". Devant la fureur à peine contenue de mon allemand, je comprends que j’ai touché juste, mais qu’il n’ose pas aller jusqu’au bout du scandale, d’autant que je m’éclipse rapidement. 

Le plus sérieux incident reste à venir : un samedi après-midi avec une bande de jeunes, je suis raflé par la Police Française, conduit sans ménagement au commissariat qui à l’époque se trouvait rue Hippolyte DUPRAT. Nous y subissons d’abord une fouille puis un contrôle d’identité. On me garde le dernier et m’accuse d’avoir falsifié ma carte. Etant né un 1er Janvier 1923, je passe au travers des réquisitions de la classe 22, qui elle est bonne pour le S.T.O. 

 

    ~~ Partie II: le Groupe Franc KLEBER et le Maquis du Chat à Lagnes ~~

      Aussi excédé par tous ces contrôles… ces réquisitions, je décidais de m’exiler chez mes oncles à Velleron (Vaucluse). Au bout d’une quinzaine de jours par l’intermédiaire d’un de mes oncles, je rencontrais Gustave MORELLI, cafetier à Velleron, responsable de la sizaine de ce lieu. Là, je pris la décision de m’engager au Groupe Franc KLEBER, Maquis du Chat à Lagnes, annexe du Maquis VENTOUX.

Max Lombard alias Maxou

Rendez-vous pris le lendemain matin avec notre passeur Félix ETIOPE, j’emmènerais avec moi Roger D……… qui lui aussi était partant.

Au petit jour, nous sortons du village par la route des Nesquières, direction LAGNES. Tout d’abord un barrage allemand qui n’y était jamais se trouve là, nous oblige à couper à travers champs et bois, direction Mousquety. Là, nous devons traverser la Sorgues à gué. Hélas, arrivés à proximité, une dizaine de soldats allemands procède à des ablutions matinales. Nous contournons ce nouvel obstacle, remontons la Sorgue jusqu’au premier coude et traversons en pleine eau. C’est alors que le vieux, prudent, nous avertit "vite, vite les gars, cachez-vous sous le talus en face…la patrouille".

Félix envoie son vélo à travers les ronces, nous suivons douloureusement, enfin cachés par la végétation. Pour mes amis je ne sais pas, mais ils doivent être comme moi, paralysés par la peur d’être pris, car là, pas de jugement c’est l’exécution immédiate, d’autant que ce sont des S.S. qui occupent la propriété. Inquiet, tendu comme une corde de violon, j’écoute les pas de la patrouille qui nous passe sur la tête puis s’éloigne.

Le vieux monsieur nous indique que la voie est libre après un rapide mais chaleureux merci, nous entrons en forêt. 

"Vieil homme qui que tu sois, où que tu habites, reçois mon éternelle reconnaissance car malgré mes recherches je n’ai pu te retrouver". 

Nous arrivons enfin au Maquis du Chat, lieu de repos du Groupe Franc. Nous sommes accueillis par nos Chefs, Colonel Jean GARCIN alias BAYARD, Capitaine Jules TEN alias GRILLON, Lieutenant Alphonse BEGOU alias BALKAN. Une trilogie aux actes impensables, les plus fous, les plus audacieux : attaques surprises, sabotages d’usines, de voies ferrées, exécutions de collabos qui commettaient des actes de délation.

                                          La ferme du Chat à Lagnes 

Dans le livre d’Hervé ALIQUOT (Editions HORVAT-le Vaucluse dans la guerre de 1939-1945) Jean GARCIN raconte : "notre réputation d’efficacité était excellente. Un jour DUROC, notre chef national, nous demande d’assurer une mission de protection à Lyon, une semaine après nous recevons un contre-ordre, cela correspondait à l’arrestation de Jean MOULIN. Tous les jours, nous faisions sauter une voie, un pylône, cela a duré du début 1943 à la libération, on a fait de belles choses : le sabotage de l’usine d’alumine de l’ARGENTIERE LA BARBASSE à Gardanne, les lignes électriques de Miramas coupant la Wehrmacht d’une partie de son ravitaillement en essence, armes, matériels, etc…".

BALKAN qui nous réceptionne nous remet un pistolet 7.65 MAB, 2 chargeurs, 2 grenades avec ces mots : "vous aurez soit une mitraillette, soit un fusil Garand au prochain parachutage. Faites bon usage de vos balles mais gardez toujours la dernière pour vous, interdit de se faire prendre vivant, sachant que l’ennemi torture puis tue. Lisez et méditez les mots écrits sur le mur:

POUR UN OEIL, LES DEUX YEUX,

POUR UNE DENT, TOUTE LA GUEULE !!!".

Je ne sais si c’est le périple de l’ascension ou les dernières paroles du Lieutenant qui ont eu raison du courage de Robert D………, le soir même il demande son retour à une vie normale, permission accordée après recommandations et avertissements d’usage, malgré la sureté du personnage.

Voilà deux années qui ont beaucoup marqué ma jeunesse, c’est pour cela qu’après avoir conté ces événements, je te souhaite de ne jamais rencontrer la guerre.

Avec le recul du temps, j’en arrive à une conclusion "Ne crois jamais celui qui te dira n’avoir peur de rien, celui qui dit cela est soit un bouffon, un fou ou un inconscient".

 

Bien à toi, ton grand père"