Suite à notre publication du 4 août 2017 et à l'appel lancé concernant le détachement du Commandant BROSSARD, nous avons reçu fin décembre 2017 un email inespéré, un email très précieux du dernier membre du détachement des aviateurs de Propiac:

Mr Jean TARI à l'âge de 21 ans (coll. JPTARI)

"J'ai 102 ans et j'écris mes mémoires. C'est ma petite fille Carol qui m'indique que vous cherchez des témoignages directs. Pour compléter votre fiche historique n°7, je faisais parti des aviateurs de Propiac et à ce titre j'ai participé activement à la bataille de Saint-Jean de Sault sous les ordres du Commandant Brossard..."

Ses faits d’armes dans la Résistance Vauclusienne, ont valu au Colonel TARI la Croix de Guerre 1939-1945 avec citation personnelle à l’ordre de la division aérienne avec étoile d’argent suivante : "Sous-officier mitrailleur d’élite, qui le 22 Août 1944, pendant plus de quarante-cinq minutes, a par le feu précis et meurtrier de sa mitrailleuse, neutralisé toute action ennemie. Entouré par l’incendie allumé par les obus incendiaires ennemis, n’a décroché que sur l’ordre de son chef de section."

~~~

 

Voici son témoignage historique (extrait de ses Mémoires en cours de rédaction) recueillit en janvier 2018 sur la création et les actions armées de ce valeureux et courageux détachement de l'Armée de l'Air au sein du Maquis Ventoux:

"Les Américains viennent de débarquer en Afrique du Nord et les unités opérationnelles de la base aérienne d’Istres (Bouches du Rhône) se replient également en Afrique. Dans la nuit du 26 au 27 novembre 1942, je suis chef de poste de garde à l’entrée de la base d'Istres.

Après la relève de la garde vers six heures trente, je rentre à mon domicile. Après une douche et un petit déjeuner sommaire, je reprends le retour à bicyclette. A l'entrée de la Base, je me trouve alors face à une foule composée de militaires et de personnels civils travaillant pour l’armée de l’air qui s’en allait dans la direction opposée pour aller en ville. Tout ce monde très agité, donnait l’impression d’avoir une certaine hâte à quitter les lieux. Circulant à contre-sens de cette marée humaine, ceux qui me reconnaissaient me recommandaient de ne pas revenir au casernement car des éclaireurs allemands venaient d’occuper et d’emprisonner des soldats français en m’indiquant le bâtiment.

Les officiers se trouvaient enfermés dans une chambre du premier étage. Le lieutenant JEAN, mon chef de service, me reconnait et me jette les clefs du coffre-fort par la fenêtre. Sans m’attarder je me dirige rapidement vers mon lieu de travail où je prends l’argent, tous les dossiers militaires, les cartes d’alimentation, deux machines à écrire, le tout chargé sur un charreton se trouvant dans le garage camouflé sous une dizaine de sacs en toile de jute. Ainsi, je parvenais à sauver l’essentiel des documents militaires et toutes les valeurs que je transportais à mon domicile situé au quartier de la Pujade, à la sortie d’Istres.

Dans l’après-midi, les officiers sont relâchés, je peux donc contacter mon lieutenant qui avait reçu entre temps des instructions du haut commandement. C’est-à-dire, donner un congé d’armistice aux militaires de carrière et démobiliser les soldats du contingent, en les renvoyant dans leurs foyers munis de cartes d’alimentation et de bons de transports.

Je suis alors désigné pour faire partie de l’organe liquidateur de la base sous les ordres du lieutenant JEAN avec deux autres sous-officiers. Le  27 novembre 1942, à 8 h du matin dans la salle de cinéma de la ville, nous procédons à la démobilisation du personnel de la base aérienne qui rejoint ses foyers muni d’un congé d’armistice.

Maintenant, nous sommes rattachés au centre administratif de Salon de Provence dirigé par le Commandant BROSSARD, qui va administrer tous les militaires mis en congés d’armistice. Cet organisme fait partie de l’armée d’armistice, obtenue par le Maréchal Pétain par la convention du traité de juin 1940. Le centre administratif de Salon de Provence comprend un effectif de 120 personnes (officiers et sous-officiers). En dehors de sa mission propre, il permet de délivrer quelques cartes de travail à quelques militaires en congé d’armistice de la région. Le commandant BROSSARD a des contacts avec l’armée secrète de Jean MOULIN. La moitié de l’effectif du centre approuve cette démarche, l’autre moitié hostile crée un malaise au sein de l’organisme.

Le Commandant BROSSARD (Août 1944) à Salon de Provence dans un parc proche de la gare. (Coll. JPTARI)

Des avions de reconnaissances alliés, surveillent ce qui se passe sur la base aérienne maintenant occupée par les allemands qui servirait à l’entraînement des futurs pilotes. Un jour d’août 1943, à la suite d’une reconnaissance aérienne, une escadrille de bombardement constituée de forteresses volantes, déverse son chargement de bombes sur la base. Par la suite, on a pu savoir que les dégâts matériels et humains furent désastreux.

Pour des raisons de sécurité, le centre administratif reçoit l’ordre de l’Etat-major du Ministère de l’Air de nous replier sur Montmirail (avril 1943), près du village de Vacqueyras, une station thermale désaffectée du département de Vaucluse. Après une nouvelle alerte et un court séjour, le centre doit quitter Montmirail pour la ville de Carpentras où l'installation se fait dans un grand immeuble de la rue de la Monnaie.

Là, chacun en son âme et conscience a dû choisir: combattre l’occupant ou se plier à ses règles et ses valeurs, capituler. Soit le plus grand déshonneur pour un militaire dont la vocation est la défense de sa patrie. Dans le centre, le groupe de résistants qui ne dépasse toujours pas 50% de l’effectif, s’organise en  secret ainsi que les récalcitrants. Un des leurs dénonce la situation qui a pour effet de faire déplacer le Général (je crois BOUSCAT?), chef d’Etat-major à Carpentras. Tout le personnel rassemblé dans la vaste salle de réunion, le Général expose le motif de son déplacement: "J’ai appris, dit-il, qu’un mouvement de dissidence se dessinait au sein du centre, compte tenu des accords signés par le gouvernement Français et les autorités d’occupation, je suis le seul représentant de l’Etat à exiger de votre part, le respect de ces engagements, j’espère avoir été compris, dans le cas contraire, je me verrais dans l’obligation de déplacer le centre à Lyon avec tout son personnel".

Cette indication d'un nouveau départ aura son importance pour la suite de mon histoire. En mars 1944 à Carpentras, l’atmosphère était lourde, les deux clans, les pros et les anti-Résistance, se regardaient en chiens de faïence. Après le départ de Salon pour Montmirail puis Carpentras, nous avions quitté l’organisation de Résistance des Bouches du Rhône pour celle de la Drôme, mais toujours dans la région R2, dirigée par Jean MOULIN.

C’est à ce moment-là que le Commandant BROSSARD, chef du centre administratif reçoit du chef de l’Etat-major de l’Armée de l’Air, hostile à toute Résistance, l’ordre d’avoir à rejoindre Lyon sous peine d’être considéré comme déserteur de l’armée et poursuivit comme tel. Les familles en subiraient les premières conséquences par retrait des autorisations de paiement de leurs soldes.

En même temps, nous apprenons qu’une dénonciation est adressée à la Kommandantur de Marseille par un opposant de la Résistance. Un des nôtres, convoqué à la Kommandantur, avait pu remarquer sur le bureau, la liste des dissidents du centre administratif de Carpentras (dont le mien).

Le Commandant BROSSARD décide de quitter les lieux. A 2h du matin, nous emportons, vivres, matériels, dossiers militaires, le coffre-fort, pour une destination qu’il ne nous donnera que lorsque les camions chargés seront prêts pour le départ. Par mesure de sécurité, nous ne couchons pas au centre. Pour ma part, je choisis une chambre dans un autre hôtel de Carpentras dont une fenêtre me permettrait le cas échéant, de m’enfuir par cette issue. A l’heure du rendez-vous et à l’insu du reste du groupe, nous sommes 27 sur 60 pour le départ. Nous nous retrouvons sur un contrefort du Mont Ventoux, dans une autre station thermale désaffectée à Propiac les Bains où notre mission officielle continue encore pendant quelques temps. Durant notre court séjour à Propiac, le dimanche, nous pouvons rejoindre nos familles. Nos laissez-passer barrés en diagonale d’une bande tricolore nous facilitent le franchissement des barrages en toute quiétude.

Dès lors, nous cessons toute activité administrative pour nous consacrer totalement à la Résistance armée qui remplace les actions perlées sur le renseignement des travaux et mouvements des troupes d’occupation. Par l’intermédiaire d’un officier anglais (les noms n’étaient pas divulgués mais tenus secrets-excepté par l’état-major) parachuté dont le poste de commandement se situait à Dôle, nous essayons d’obtenir des armes.

En mai 1944, deux messages radios avaient été reçus à l’écoute de Buis-les- Baronnies: l’un d’eux annonçant des événements importants à venir. Des dispositions sont prises pour baliser le terrain (lieu : plateau d’Albion, intervenants : régiment de BEYNE dont les aviateurs de Propiac) et recevoir des armes. Vers minuit, un avion survole la région (déplacements nocturnes et discrétion de la hiérarchie… autour du plateau d’Albion), tourne autour du terrain et malgré le balisage et le feu de bois à l’endroit du parachutage, s’en retourne sans rien lâcher (n’ayant probablement pas réussi à obtenir tous les éléments de sécurité pour s’assurer que l’armement ne tombe pas aux mains des allemands). Quelques jours après, sur un autre terrain (sur un plus grand terrain, plus loin que Sault), de nouvelles démarches faites auprès de l’armée secrète du Vaucluse, au Sud de la Drôme, donnent de meilleurs résultats. Nous pouvons rapporter des environs de Sisteron quatre tonnes d’armes, munitions et explosifs mis en sécurité dans la montagne.

Les sabotages s’organisent dans les secteurs d’Orange, Vaison la romaine, Mollans et Buis les Baronnies...

Vaison est à un kilomètre du terrain d’aviation d’Orange (quartier Travaillan) et à quelques kilomètres de Propiac où nous sommes stationnés. Vaison abrite une section de Francs-Tireurs et Partisans dont l’un des membres croyant faire un exploit, un matin, armé d’un pistolet, abat à bout portant un officier allemand sortant du bureau de tabac (date :10 juin 1944 ceci m’a été rapporté par des témoins de la scène). Face à cette incroyable et imprudente initiative, la réponse allemande ne se fît pas attendre. En début d’après-midi, Vaison est attaqué en force, par une unité blindée venant d’Orange. Avions, chars, fusils mitrailleurs et artillerie, entrent en action. Les FTP essaient un moment de résister, puis s’enfuient à travers des plantations de vignes où ils sont tirés comme des moineaux.

Alertés, nous prenons position sur les hauteurs qui dominent la route conduisant à Vaison par où les maquisards FTP viennent se mettre en sécurité. Leur chef, Lucien GRANGEON à leur tête, nous demande de l’aide et protection. Je reçois l’ordre de m’installer sur le piton rocheux à Propiac et de monter la garde. Je choisis le fusil mitrailleur en surveillance durant toute la nuit avec des membres du réseau de GRANGEON, mais les allemands ne sont pas montés jusqu’à nous. Après la fusillade de Vaison, les allemands ne sont pas allés plus loin, mais "54" (je ne peux pas confirmer le nombre exact de fusillés, étant donné que j’étais en mission à distance de cet évènement) patriotes étaient pris et fusillés contre le mur de la maison Clarice de Valréas (le 10 juin 1944).

Le calme revenu, nous quittons Propiac pour la ferme Brunel (sur les bords du plateau d’Albion à Saint-Jean de Sault; date: fin juillet début août 1944). Nous faisons étape dans un petit village (Je ne peux pas confirmer ces noms de villages,  parce que les changements nocturnes quotidiens, se faisaient dans le plus grand secret, nous ne savions pas où nous allions, nous suivions les ordres des chefs) où nous couchons dans les sous-sols d’une grande villa non habitée. Durant toute la nuit, des bruits inquiétants nous parviennent depuis le premier étage où une sorte de tribunal jugeait des délateurs de patriotes fusillés par les allemands.

Au petit matin, après les cris de torture de la nuit, les "traitres" embarqués dans une camionnette, partaient pour une destination inconnue d’où ils ne pouvaient plus revenir.

Arrivés au plateau d’Albion, la lutte contre l’envahisseur continue.

Avec le camion mis à ma disposition, je suis désigné pour la récupération d’armes parachutées, et  je me rends sur les lieux où les armes sont stockées et en sécurité dans une vieille bergerie.

Après avoir choisis fusils mitrailleurs, mitrailleuses américaines, fusils et explosifs, j’aperçois dans un coin une mitrailleuse Hotchkiss que j’avais appris à utiliser durant mon service militaire à Hyères au 3ème RIA où j’étais chef de groupe de mitrailleuse lourde. Il faut savoir qu’une arme ne vaut que si le tireur en connait tout le mécanisme, son fonctionnement et les remèdes à y apporter en cas d’incident de tir.

Les aviateurs de Propiac dans le Maquis. Au centre, Mr JP. TARI tenant sa mitrailleuse (Coll. JPTARI)

C’est pourquoi j’adopte cette vieille connaissance qui ne me quittera plus jusqu’à la libération de la France.

A ce moment-là, je ne savais pas que nous allions ensemble écrire une page d’histoire pour cette libération.

Le matin du 6 Juin 1944, l’officier radio anglais parachuté, qui avait choisi de rester avec notre groupe d'aviateurs, nous apprend le débarquement allié en Normandie. Cet immense espoir a renforcé notre moral. Pour freiner l'avancée alliée, l’ennemi demandait des renforts par prélèvements d’unités postés en défense de la côte Sud-est de la France. Ces formations de secours, évitaient d’emprunter la Nationale 7 qui subissait un pilonnage intensif par les avions de bombardement alliés. C’est pourquoi la Route Napoléon, parallèle à la Nationale 7, en contrefort des Alpes, leur paraissait plus sûre.

Dans la nuit du 21 au 22 août 1944, le Commandant BROSSARD est convoqué au poste de commandement (lieu tenu secret, je n’ai jamais su) du Colonel BEYNE. La mission confiée aux aviateurs consiste à intercepter une unité Allemande venant de Sisteron et se dirigeant vers Saint-Jean de Sault.

Le 22 août 1944, à environ quatre kilomètres au sud de Saint-Jean de Sault, le détachement composé de 27 aviateurs en armes, est disposé à flanc de coteau d’une colline où la route est assez sinueuse afin de créer un effet de surprise plus important sur l’ennemi. Le choix de l’emplacement à flanc de coteau n’est pas celui d’un stratège d’infanterie. En effet, les armes lourdes automatiques sont toujours disposées sur la crête, soit pour préparer le tir direct ou indirect, afin d’assurer une plus grande efficacité, dans la sécurité de repli des troupes.

Les ordres étant les ordres, nous sommes parés pour l’attaque surprise sur la colonne signalée. Vers 15h, la colonne ennemie s’engage dans le défilé, les premiers véhicules sautent sous l’effet de quatre grenades Gammon, aussitôt après, la suite du convoi est prise sous le feu nourri des armes automatiques. Pendant plus de vingt minutes, aucune riposte ne se fait entendre, les quelques soldats échappés de leurs véhicules, sont aussitôt abattus. Un canon allemand, caché par un virage de la route, parvient à se mettre en batterie et nous prend pour cible. Je sers la seule mitrailleuse du détachement, celle que j’avais récupéré au plateau d’Albion dans la bergerie. Le bouchon allumeur est réglé à trois cent coups minute. Le capitaine KAUFMAN abrité dernière la muraille de protection de la mitrailleuse ne parvient plus à engager correctement les chargeurs. Ce qui m’oblige à quitter le siège du trépied de l’arme pour engager moi-même les bandes de cartouches. Imaginez la situation, si j’avais ignoré le fonctionnement de cette mitrailleuse…

A l’explosion de la première grenade Gammon lancée depuis le bord de la route, tous les véhicules de la colonne stoppaient, ce qui nous permettait de les prendre sous le tir de nos armes en enfilade. Des fusils mitrailleurs allemands sont mis à leur tour en batterie et c’est le grand combat qui commence à la vie, à la mort. Par mon tir, par-dessus nos combattants, je couvre leur repli vers le haut de la colline. Les deux fusils mitrailleurs qui protégeaient les flancs gauches et droits décrochent également à leur tour sous ma protection. Je reste donc le seul, à faire feu sur l’ennemi qui est maintenant disposé pour le combat avec toute la puissance de ses forces auxquelles nous ne pouvions pas nous mesurer.

Après 45 minutes, je reçois l’ordre de repli vers le haut de la colline avec ma mitrailleuse sur le dos. Je suis pris sous le feu d’un fusil mitrailleur ennemi dont les balles claquent sur ma tête. Je m’allonge derrière une proéminence rocheuse où j’attends la fin de tir du chargeur de l’arme pointée sur moi. Je dégage dans les bois qui me cachent à la vue de l’ennemi qui m’a pris dans sa ligne de mire. Je tombe dans un trou et je me rattrape en m’accrochant par la main gauche à un genêt. La chevalière en or que mon père m’avait laissée est arrachée par le genêt qui glisse dans ma main. Je continue mon ascension pendant quelques mètres, mais pris de regrets, je reviens sur les lieux où j’ai perdu ma bague, mais ne la trouvant pas, je ne m’attarde pas et je repars. Afin de me sortir au plus vite de cette situation infernale, sous le feu des balles incendiaires, je camouffle en lieu sûr et repéré ma mitrailleuse devenue d’un poids encombrant.

Arrivé au somment, j’assiste au repli de mes collègues amenés à franchir une zone déboisée formant une sorte de clairière. Aperçus depuis la route, un canon tire dans leur direction lors du franchissement de la clairière. Depuis mon abri, j’aperçois les cailloux qui volent en éclat à chaque impact. Mon tour arrive de franchir cette zone de turbulence. Après avoir étudié la cadence de tir du canon, je décide de quitter les lieux à la plus grande vitesse, entre deux explosions. A peine arrivé de l’autre côté, un obus éclate sur les rochers. Nous aurons six hommes blessés, mais aucun tué alors que les allemands laissent 110 cadavres sur le terrain. Après une longue marche, j’arrive sur les lieux de notre cantonnement. A la ferme du plateau d’Albion, où, je l’ai appris plus tard, un millier de maquisards s’étaient repliés à l’annonce de l’arrivée de la colonne allemande, puis repartis en direction du col de l’Homme Mort, sans intervenir.

A la fin du combat du barrage, les allemands décident de ne pas poursuivre leur chemin par la route Napoléon où ils étaient harcelés sans arrêts par les Résistants. Ils se dirigeaient donc vers la nationale 7, c’était le but recherché, décrit plus haut.

Le lendemain matin, je me réveillais dans une camionnette un peu abasourdi par les évènements de la veille. Après une toilette sommaire au bord d’un puits, en remettant mon calot orné à l’une de ses pointes d’un gland tricolore, je m’aperçois que les franges étaient entièrement calcinées. Comme ce couvre-chef ne m’avait pas quitté durant tout le combat de la veille, l’interrogation se posera toujours de savoir sous quel effet et à quel moment ce gland patriotique avait bien pu être touché ?

Le calme revenu, notre groupe d’aviateurs occupe le camp d’aviation d’Orange-Travaillan (date: fin août 1944), en attendant la relève de l’armée alliée. Je suis désigné par le Commandant BROSSARD pour accompagner le Commandant américain (nom?, compagnie? : je suis monté dans la jeep conformément aux ordres sans poser de question) afin de lui faire visiter les lieux et lui montrer l’emplacement de 2 Junkers-88 abandonnés par les allemands. La piste d’envol est parsemée de bombes que les anciens occupants n’ont pas eu le temps de faire exploser dans le but de rendre la piste impraticable. Les bombes disposées en quinconces, imposent un gymkhana à la jeep de l’officier américain. Arrivés en fin de parcours de la reconnaissance des lieux, l’officier américain me demande de le conduire dans la ville d’Orange, en me donnant une adresse précise où il allait fêter le soir même… la libération de la ville.

Désigné par le Commandement, je pars à Salon, pour occuper la base aérienne avec un effectif de quinze hommes. Sur proposition du Commandant Brossard, je suis nommé aspirant par le chef du Maquis Ventoux,  le Colonel Philippe BEYNE. Ma mission à Salon consiste à prendre possession des lieux et à enregistrer les noms d’anciens militaires démobilisés qui voudraient reprendre du service. Ma mission accomplie, le groupe d’occupation de la base d’Orange, rattachée au Ministère de l’Air, me rejoignait, le commandant BROSSARD est nommé commandant de la quatrième région aérienne à Aix en Provence, puis chef d’Etat-major, de l’Armée de l’Air à Paris.

Tandis que le centre administratif, seul organisme militaire du moment puisque jamais dissout durant les années de guerre, installé dans une villa en centre-ville de Salon, reprend progressivement ses fonctions (date : début septembre 1944, peut-être le 1er septembre ?). L’Armée de l’Air commence à se reconstituer et l'Ecole des cadres de l’Air de Salon de Provence est installée au château de Montfrin, dans le Gard.

Après le 8 mai 1945, la plupart des membres du "détachement des aviateurs de Propiac" est réintégré dans l'armée de l'air. Six autres membres, dont je faisais partie, choisis par le ministère, sont affectés à l'école des cadres de Montfrin."

Insigne original des Aviateurs de Propiac (Coll. JPTARI)

L'engagement en Résistance, est en soit, un engagement courageux à saluer.

Prendre la décision de rentrer en Résistance est un acte fort, qui engage non seulement sa personne à être condamné à mort parce qu'il est considéré comme terroriste, mais qui engage également toute sa famille de subir la même peine, alors si certains actes de Résistance ont échoué par manque de préparation, ou si certains éléments ont commis des erreurs malgré eux, ils ne méritent pas d'être critiqués parce cela discréditerait la Résistance dans son ensemble."

Le Général De Gaulle disait :  "la Résistance a eu ses hauts et ses bas,... mais elle fût."