L’élaboration de cette fiche historique a été possible grâce aux archives datées du 15 novembre 1944 de Monsieur Gaston REY, Résistant et ancien secrétaire de Mairie du village de Gordes.

André NOUVEAU

André NOUVEAU ("Dédé") est né le 15 avril 1935 à Gordes, c’est un bon petit garçon qui a toujours aimé ses parents Paulette et Paul NOUVEAU. Paulette et Paul ont toujours montré leurs sentiments nationaux dès le début de la Résistance, on peut dire qu’ils ont été de véritables pionniers.

Dès le mois de mai 1942, Paul NOUVEAU ravitaille déjà des groupes de maquisards qui commencent à se former sur l’instigation de quelques Gordiens. En septembre 1943, la gestapo qui le piste, veut enrayer à tout prix son activité. Paul doit alors prendre à son tour le maquis.

A plusieurs reprises, les allemands viennent à son domicile, fouillent et interrogent. En décembre 1943, Paulette NOUVEAU et son petit Dédé âgé de 9 ans doivent finalement fuir pour se cacher. Comme Paul, sa femme et son fils sont signalés et mis à l’index par la gestapo.

Paul NOUVEAU est alors Lieutenant du Maquis Ventoux et commande la section Koenig. Dédé et sa mère le suivent et vivent dans 3 camps du maquis. Mais le 1er juin, leur camp est à nouveau attaqué ; Dédé et sa mère vont faire cinquante kilomètres à pied, les allemands leur tirent dessus mais en vain. La famille NOUVEAU va se réfugier pendant 1 mois dans les environs de Gordes où sont déjà cachées deux femmes de Résistants. A quelques reprises, Paul NOUVEAU vient rendre visite à sa petite famille. A ce moment-là, Dédé ne manque pas de dire à son père : "Papa, je veux partir avec toi", celui-ci en souriant lui répond sans cesse qu’il est trop petit pour tenir une mitraillette ! Mais devant l’insistance de Dédé, son père finit par lui remettre un petit revolver 6X35 qui désormais ne quittera plus le jeune enfant. Dédé est très fier de son arme, il n’a pas peur et il est certain que si le camp est à nouveau attaqué, il fera le coup de feu comme un homme car les attaques successives qu’il a essuyées l’ont aguerri.

Quelques temps plus tard, avant de partir pour une autre région Paul NOUVEAU remonte à Saint Saturnin les Apt pour dire au revoir à Dédé et sa femme Paulette. A peine arrivé sur place, le camp est attaqué par les allemands, les waffens et la milice. Dédé et sa mère sont fait prisonniers. Un traître reconnait Paulette NOUVEAU et Madame Blanche GAILLARD chez qui elle était, est fusillée sous les yeux de ses quatre enfants. Puis, les allemands séparent Dédé de sa mère, qui va subir les pires tortures. Cette dernière sera conduite sur la place publique de Saint Saturnin les Apt où elle sera fusillée. Au moment où les traites vont tirer, Paulette NOUVEAU se retourne brusquement et offrant sa poitrine à la mitraille, elle s’écrie "Je suis Française, je n’ai pas peur de mourir". Le 1er juillet 1944, Paulette NOUVEAU tombe sous les balles ennemies sans avoir dévoilé un seul nom, aucun secret de la Résistance Vauclusienne.

Paulette, André et Paul NOUVEAU

Pendant cette tragédie, les traites n’épargnent pas Dédé. Ils le mettent au poteau d’exécution, lui demandent son identité, il leur répond : "Je m’appelle André BONFILS, je suis réfugié de Marseille et j’habite au prado". Mais le waffen qui avait identifié sa mère le reconnait à son tour. A partir de ce moment-là, on veut lui faire avouer son vrai nom, Dédé nie ; on lui demande où est son père Paul, Dédé ne répond rien !

Et puis l’interrogatoire se précise :

Où sont les autres chefs ? "Rien !"

Où se trouvent les dépôts de munitions d’armes ? Le gamin ne répond pas ! pourtant Dédé les connait très bien, puisqu’en compagnie de sa mère, il a assisté aux parachutages.

Maintenant, le peloton d’exécution manœuvre les culasses des armes mais la bouche de Dédé reste close. Il est prêt à mourir en brave. Déconcertés, les allemands lui reposent les questions, mais devant son silence, leur colère ne fait que croitre ; un waffen s’approche de lui et le bat de toutes ses forces à coup de ceinturon, le corps de Dédé est en sang si bien que sa chemise reste collée à sa peau.

Ne pouvant rien en tirer, les allemands l’abandonne devant la ferme de Blanche GAILLARD, exténué. Des voisins le recueillent pour soigner ses blessures et réussissent à lui faire regagner Gordes où il est hébergé chez un ami sûr.

Quelques jours plus tard, son père réussit à revenir à Gordes.

Quand il retrouve Dédé, il lui dit : "Et maman ?".

Dédé lui répond : "Les boches l’ont arrêtée".

Alors connaissant le courage de son fils, Paul NOUVEAU lui dit : "Non, elle est morte, ils l’ont fusillée".

Une flamme brille dans les yeux du gosse, et pour toute réponse, il prend le bras de son père, le serre avec force et dit : "Papa, nous la vengerons".

Le 14 septembre 1944, Cécile BIENKOVSKI dite Jeanine DELEUZE, cause de tout ce malheur, (puisque c’est elle qui avait conduit les allemands jusqu’à la ferme de Blanche GAILLARD) est mise au poteau d’exécution à Gordes. Quelques jours auparavant, Cécile BIENKOVSKI avait été arrêtée à Marseille grâce au signalement fournit par Paul NOUVEAU.

Dédé est présent ce jour là à Gordes, il a assisté à l’interrogatoire de Cécile BIENKOVSKI à Cavaillon, et en a profité pour lui distribuer lui-même une bonne correction.

Au moment de l’exécution, Dédé se fait remettre un revolver par un des FFI présents et demande de faire partie du peloton d’exécution. Une telle satisfaction ne pouvant lui être refusée ! Avec la même assurance qu’aux jours du maquis, Dédé fait feu sur celle qui fut la cause de la mort de sa mère.

Il est certain qu’André NOUVEAU (« Dédé ») alias "Bonfils" est un des plus glorieux enfants de la Résistance et qu’il peut être cité en exemple de courage et de bravoure.

Homologation FFI

Le 4 avril 1952, la commission régionale composée des représentants de l’ORA, l’AS et des FTPF décernent l’homologation au grade de FFI et la carte de Combattant Volontaire de la Résistance au jeune André NOUVEAU pour ses actions dans la Résistance Vauclusienne du 1er septembre 1943 au 26 août 1944.

Article de presse la Marseillaise novembre 1944