Madame Clémence FLOUR

Madame Clémence FLOUR est née le 12 mars 1914 au lieu dit "Quartier du Pont" à Crillon-le-Brave dans le Vaucluse. Ses parents exploitent déjà à l'époque le café-restaurant "L'Aubergiste". En 1923, la vie de Clémence FLOUR bascule! elle et ses 2 frères et 3 sœurs se retrouvent orphelins.

A l'âge de 11 ans, elle doit alors quitter l'école pour travailler comme garde d'enfants dans le petit village de Flassan pour un salaire de 30 Francs. Puis, son grand-père lui trouve un autre travail, chez le médecin de la famille, le Docteur BIGONNET à Caromb où elle passera quelques années avec un salaire de 60 Francs.

A 17 ans, Clémence FLOUR est sans emploi et son oncle (son tuteur) de Sainte Cécile les vignes décide de l'envoyer travailler dans un commerce de tissus situé rue des marchands à Avignon. Quelques années passent ainsi. Elle sera femme de chambre chez Maître GEOFFROY (notaire à Avignon), serveuse dans des bar-restaurants à Cannes et à Nice, puis employée dans une station d'hiver à Valberg où elle contracte une double pleurésie.

Le 7 avril 1937, Clémence FLOUR prend le bateau à Marseille pour une convalescence dans le petit village de Hadjad el Aouini en Tunisie. Dès son retour en France en 1938, elle part à Ajaccio pour travailler dans le plus chic restaurant de la ville. Le 11 septembre 1939, elle quitte Nice où travaillait dans un hôtel et se marie en 1940 avec un militaire dans la DCA de Toulon. 

Clémence FLOUR revient alors seule à Crillon-le-Brave en 1943 et demande l'autorisation à la Préfecture de ré-ouvrir l'ex-bar-restaurant du Pont. Ce fut fait le 16 mai 1943, sous la nouvelle enseigne "l'Auberge Provençale".

L'auberge Provençale en 1944

Malgré les restrictions et les maigres tickets de rationnement, Clémence FLOUR se débrouille grâce à ses deux chèvres, quelques lapins et poulets et les légumes de son jardin. Son commerce ne marche pas trop mal, au prix de 4 Francs le repas en 1944, une bonne cuisine comme aux alentours. Les Maquisards viennent manger à l'auberge, et elle monte souvent un plein cageot de vivres par un sentier pour un rendez-vous avec le Maquis sur la colline du Limon. Clémence FLOUR fait cela de bon cœur, sans jamais réclamer de rétribution, et comme elle le disait "c'était mon devoir, sans s'occuper de certaines personnes qui me voulaient du mal...".

Monsieur André CHAMPAGNE alias "Maori"

Le vendredi 18 août 1944, André CHAMPAGNE, natif de Tarnos (Landes) et âgé de 31 ans, réussit miraculeusement à s'échapper du Train Fantôme de la Déportation de Sorgues. Là, il est recueilli par la famille JEAN  qui lui procure un calendrier des postes pour s'orienter dans son futur périple vers les pentes du Mont Ventoux.

André CHAMPAGNE décide alors de se diriger vers Carpentras car les routes autour de Cavaillon fourmillent de patrouilles allemandes. Après une marche de plus de 17 km, il arrive dans la capitale du Comtat Venaissin et se cache pendant une demi-heure dans une petite plantation de roseaux en bordure de route.

La ville est en alerte, les sirènes retentissent, des avions alliés passent à très basse altitude et les Carpentrassiens courent se réfugier dans les abris de la défense passive.

André CHAMPAGNE profite de la panique générale pour traverser la ville et rejoindre la route de Bédoin. Là, un paysan qui revenait du marché de Carpentras le fait monter sur sa charrette et le transporte jusqu'au village de Serres. Le brave homme lui indique le chemin à suivre pour aller rejoindre le Maquis (André CHAMPAGNE lui avais bien sûr expliqué son évasion du convoi de Sorgues). La nuit arrivant, André CHAMPAGNE arrive jusqu'au petit village de Saint Pierre de Vassols où il couche sous un lavoir près de la route.

André CHAMPAGNE nous raconte maintenant la suite de son histoire:

"Dans la nuit, j'entendis des coups de mitraillettes, je ne sais si c'était le Maquis ou les allemands (une batterie allemande était installée non loin de là, au quartier garus), toujours est-il qu'il me tardait d'arriver au matin pour déguerpir plus loin. Je me nourrissais de raisins et d'amandes que je ramassais au bord de la route.

Je suis arrivé à un lieu où il y avait un restaurant assez éloigné de Bédoin. J'entre à tout hasard et une jeune femme (Clémence FLOUR) vient me demandant ce que je voulais. Je lui ai expliqué mon cas et elle a compris tout de suite et me dit d'attendre un peu car les gars du Maquis allaient venir manger. Il était midi quand je vis 3 maquisards entrer. Elle leur expliqua mon aventure: ils me firent manger avec eux du lapin en sauce."

Une fois le repas terminé, André CHAMPAGNE part avec le groupe de maquisards qui l'emmènent sur une petite colline tout proche, le Limon, qui surplombe la route menant à Bédoin.

"Vers 16 heures, on parla un peu des événements et ils me donnèrent 3 grenades quadrillées car ils avaient juste les armes nécessaires: c'est à dire une mitraillette, un lebel, une grosse grenade Gammon, un revolver moser et un fusil de chasse à deux coups.

Un Maquisard qui faisait le guet au bas de la route remonta pour nous avertir que trois camions allemands arrivaient sur notre direction. Aussitôt le chef nous fit mettre en tirailleur et sitôt que les camions seraient à notre portée de tir "à son commandement". Quand le premier camion passa au-dessous de nous, nous faisons "feu", je lançais les deux grenades que j'avais, une à chaque main. Le camarade lança la Gamond et les autres firent feu sur le premier camion et le chef nous donna l'ordre de nous replier vers le bois.

Lieu de l'embuscade du 19 juillet 1944, Lieu-dit Saint Jean, route de Bédoin

Je repris la troisième grenade que j'avais laissée par terre et je me sauvais à travers la vigne pour aller au bois avec les autres. Hélas! je l'ai su plus tard après car je n'avais pas entendu mes grenades exploser et j'appris qu'elles n'avaient pas de détonateur. J'avais entendu sur le capot du camion un bruit mais pas d'explosion, et les allemands qui étaient dans le deuxième et troisième camions sont montés sur la colline et nous ont mitraillés... mais aucun de nous n'a été touché."

Félix JEAN et sa fille devant sa ferme

Dans la soirée du 19 août 1944, Sylvain JEAN conduit André CHAMPAGNE à la ferme de son frère (commune de Bédoin, proche du virage de Saint Estève), Félix JEAN, qui le cachera pour la nuit dans son cabanon du "Mourre des Quilles".

André CHAMPAGNE précise cet épisode:

"Le soir, nous rejoignons le village de Bédoin et un Maquisard me conduit chez son frère qui avait une vigne et au milieu un cabanon qui servait à ranger le matériel pour les vendanges. Il y avait un lit qui avait déjà servi à un parachutiste canadien.

Il me dit qu'il allait chercher à manger et comme la nuit commençait à tomber, il me porta un pot de miel de lavande, du pain et une tasse de vin de pays...puis me ferma la porte en me disant qu'il viendra me chercher le lendemain matin pour m'emmener à Sault où était l'Etat Major.

Le lendemain, dimanche 20 août, Sylvain JEAN m'annonce une mauvaise nouvelle, me disant que les allemands étaient venus juste un peu avant la nuit...mitrailler des personnes qui jouaient aux boules sur la place de Bédoin."

Les Résistants Jean-Marie PLEINDOUX, Victor CLOP sont blessés superficiellement alors que Marius BASTIDON est mortellement blessé.

Le mourre des Quilles, Bédoin

Intérieur du cabanon de Félix JEAN qui a abrité André CHAMPAGNE

André CHAMPAGNE reçoit alors un brassard FFI avec la croix de Lorraine et rejoint le village de Sault à moto avec un Maquisard du Maquis Ventoux.

"Arrivé à l'Etat Major, il me présenta au Commandant VERRET qui était déjà au courant des évasions de Sorgues... Ainsi, après avoir passé quelques jours à Sault avec certains gars du Maquis, je partis vers Carpentras qui était libérée et profitais pour me faire donner un certificat par le Capitaine GASPARD."

Le 26 août 1944, André CHAMPAGNE rejoint en camionnette la ville de Sorgues et retrouve devant la mairie plusieurs de ses camarades qui s'étaient évadés du convoi de la mort: les uns étaient de Pau, Perpignan, des Hautes-Pyrénées, de Bordeaux ou de Toulouse.

Enfin, André CHAMPAGNE se rend à Avignon, libérée par les troupes du Général Delattre de Tassigny et profite d'un convoi militaire pour partir vers Toulouse où il prend un train pour rentrer chez lui, libre, à Tarbes.

Les compagnons d'infortune d'André CHAMPAGNE, ceux qui n'ont pas eu la chance ou la possibilité de s'évader du Train Fantôme, ceux-là sont arrivés à proximité du camp de Dachau.

Au matin, ils ont passé les barbelés...

Le périple d'André CHAMPAGNE, Août 1944-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Informations complémentaires, bibliographie

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L'auberge provençale en janvier 2022, vue du pont de Crillon-le-Brave

L'auberge provençale en janvier 2022 tenue par Thierry, le petit-fils de Clémence FLOUR

La façade de l'auberge provençale en janvier 2022